Nominations Abus sexuels En Une Église en France Église universelle Diocèses International Summorum Pontificum Non classé
Riposte Catholique
Abus sexuels

Abus dans l’enseignement catholique à Nantes : les non-dits de Mgr Percerou

Par Nominoe — 12 juin 2026

Mgr Percerou, évêque de Nantes, a donné une grande interview au Point où il explique la démarche du diocèse pour écouter et reconnaître la parole des abus dans l’enseignement catholique. Seulement, il ne dit pas tout. Pire, son récit de l’affaire Saint-Stanislas comporte plusieurs mensonges par omission.

Ainsi, Mgr Percerou dit : « Tout a commencé au printemps 2025. Deux victimes se sont fait connaître auprès de la direction diocésaine de l’enseignement catholique de Loire-Atlantique : une personne victime et la famille d’une autre, qui, malheureusement, s’était donné la mort. Ils sont venus témoigner d’abus et d’agressions sexuels subis au sein de l’établissement Saint-Stanislas. Ces témoignages ont été des déclencheurs.

Il y avait déjà eu des rumeurs, notamment des tags sur les murs de l’établissement au moment de la sortie du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église [Ciase], mettant en cause un ancien chef d’établissement, sans que l’on sache précisément de qui il s’agissait. À l’époque, j’avais communiqué dans la presse pour demander aux auteurs de ces tags de se manifester, mais cela n’avait pas eu de suite. Ces nouveaux témoignages nous ont permis de plonger dans les archives et de retrouver quelques signalements passés. Avec le directeur diocésain, nous avons lancé un appel à témoignages à la fin du mois d’août 2025, largement relayé par les médias, afin de libérer la parole. J’ai voulu que cet appel ne concerne pas seulement Saint-Stanislas, mais tout l’enseignement catholique de Loire-Atlantique, ainsi que les petits séminaires ».

Saint-Stanislas : le diocèse au courant depuis 2019 (au moins) et non 2025

Comme le relève le collectif des Victimes de Saint-Stanislas, « ce récit de Mgr Percerou compte plusieurs lacunes :

  • le premier signalement reçu par le diocèse date de 2019
  • en octobre 2021, au moment du rapport de la CIASE et des premiers tags sur l’établissement, le diocèse parle de « rumeurs » mais déjà cinq anciens élèves ont témoigné auprès de la CIASE et/ou ont envoyé leur témoignage aux instances de l’Eglise
  • à la veille de l’appel à témoignages du diocèse ils étaient déjà dix
  • entre 2021 et 2025 l’établissement a été tagué à cinq reprises pour dénoncer les abus qui y ont été commis – ces tags étaient précis, et certains, notamment ceux qui avaient été faits en décembre près du séminaire diocésain, mettaient en cause des religieux nommément.

Au paragraphe suivant – constate le collectif – ça ne s’arrange pas. Mgr Percerou dit en substance : « À ce jour, nous comptons un peu plus d’une centaine de signalements. Leur portée est inégale : cela va des violences physiques à des attouchements ou à des gestes déplacés. Mais quel que soit le type d’agressions, les conséquences sont souvent dévastatrices. Si l’appel fut large, plus des deux tiers des signalements concernent effectivement l’établissement Saint-Stanislas, principalement pour la période allant de 1950 à 1990, au sein de l’internat, où la quasi-totalité des enseignants étaient des prêtres résidant sur place. Sont mis en cause quelques enseignants qui ont commis, chacun, un grand nombre d’agressions ».

Les affaires d’abus et violences dans les autres établissements oubliées

« La cellule d’accueil et d’écoute du diocèse a accompli un travail colossal pour contacter chaque victime et proposer des entretiens. Tous les signalements ont été transmis au procureur de la République de Nantes. Ce dernier a confirmé, lors d’une conférence de presse au début de cette année, que la totalité des faits était prescrite, mais il a écrit à chaque victime pour reconnaître leur statut et les orienter vers l’association France Victimes. De notre côté, nous les avons accompagnées vers l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation [Inirr]. Le 27 juin prochain, une plaque en mémoire des victimes sera déposée à l’établissement Saint-Stanislas ».

Le collectif des Victimes de Saint-Stanislas – qui s’occupe aussi des affaires d’abus dans l’enseignement catholique dans toute la Loire-Atlantique, relève: « la seconde partie du deuxième paragraphe de l’interview en revanche est véridique ».

Néanmoins elle ne faut aucun état de l’affaire des Angreviers (violences et abus, dont certains non prescrits, dans une « maison de redressement » qui a fait partie de l’enseignement diocésain jusqu’en 2006, 130 victimes), de l’affaire de l’école primaire de Sainte Pazanne (une victime connue du diocèse, cinq ont témoigné dans la presse locale, elles pourraient être bien plus nombreuses) et en règle générale des 25 établissements (dont la moitié dépendent de congrégations – lassaliens, frères de l’instruction chrétienne de Ploërmel, soeurs de la Salle de Vihiers etc.) où ont eu lieu des abus et des violences.

Mgr Percerou déclare ensuite, toujours entre une certaine lucidité et des non-dits :  » Arriver à Nantes, un grand diocèse de l’Ouest avec une forte tradition de congrégations enseignantes, a tout changé. La crise des abus est une « croix » pour nous, évêques. Il faut reconnaître que l’institution a été déficiente. En ouvrant les dossiers, on s’aperçoit que des alertes ont été ignorées dans les années 1970 ou 1980 : il y eut non seulement une volonté de préserver l’institution et le sacerdoce, mais aussi une méconnaissance totale de la gravité psychologique de ces abus. Nous sommes responsables de ce que nos prédécesseurs ont fait ou n’ont pas fait. Cela nous oblige à un engagement résolu pour aider les victimes à se relever – même si l’on ne s’en relève jamais vraiment – et pour organiser une prévention rigoureuse afin que ces tragédies ne se reproduisent plus ».

L’omerta ne s’est pas arrêtée en 1980 : qu’a fait le diocèse de Nantes entre 2021 et 2025 ?

Le collectif des victimes de Saint-Stanislas conclut : « nous saluons le sens des responsabilités de Mgr Percerou et l’initiative de l’appel à témoignage, mais nous relevons encore des non-dits :

  • les alertes ont été ignorées bien plus tard qu’en 1980 : encore jusqu’aux années 2010 à Saint-Stanislas, 2000 dans certains établissements comme à Notre-Dame de l’Abbaye pour des faits de violences et d’agressions sexuelles
  • il a fallu plusieurs mois au diocèse de Nantes pour accepter de nous communiquer les nécrologues des prêtres auteurs d’abus à Saint-Stanislas, retraçant leurs parcours, alors qu’ils étaient déjà parus (!) à l’époque de leur décès
  • le diocèse de Nantes n’a toujours pas trouvé d’explication rationnelle à son inaction entre octobre 2021 – les premiers tags sur Saint-Stanislas, dénonçant les abus qui y ont eu lieu – et l’appel à témoignages de fin août 2025.
  • Par ailleurs depuis novembre dernier le diocèse de Nantes ne publie plus de points sur les signalements reçus par la cellule d’écoute… alors que la presse continue à révéler de nouvelles affaires d’abus étouffées depuis des années dans l’enseignement catholique diocésain.

Laisser un commentaire