On apprend du rapport de synthèse de l’IFJD sur les abus à Betharram, censé être présenté aux victimes et à des journalistes triés sur le volet demain – la congrégation aurait refusé mordicus la présence de l’équipe de tournage du documentaire sur l’affaire Betharram – que le diocèse de Bayonne avait finalement des archives.
Et visiblement pour les consulter, la confiance régnait : « une consultation a été effectuée aux archives diocésaines de Bayonne. Les travaux se sont concentrés sur le fonds intitulé « Pères de Bétharram », qui contient des pièces relatives à la vie de l’Établissement et à la progression individuelle de certains ecclésiastiques dans leur parcours. Aucune reproduction n’a été permise et la consultation s’est faite en présence du Chancelier » .
Le diocèse de Bayonne et l’enseignement catholique etrillés dans le rapport
Le rapport critique vivement l’absence de contrôle du diocèse de Bayonne et de l’enseignement catholique :
« le diocèse disposait également d’un rôle spécifique. Même lorsque l’établissement est dirigé par une Congrégation, l’évêque conserve un pouvoir de surveillance et de visite sur les écoles catholiques situées sur son territoire. Ce pouvoir n’est pas purement symbolique. Il implique une obligation de vigilance, particulièrement lorsque des soupçons de violences ou d’abus concernent des mineurs. Or, là encore, les éléments examinés par la Commission montrent que le diocèse n’a pas pris la pleine mesure de la gravité de la situation. Les alertes, lorsqu’elles ont existé, n’ont pas entraîné de contrôle approfondi, de remise en cause institutionnelle suffisante ni de mesures de protection à la hauteur des enjeux.
La direction diocésaine de l’enseignement catholique et les structures plus larges de l’enseignement catholique occupaient également une place importante dans l’environnement institutionnel de Notre-Dame-de-Bétharram. La direction diocésaine était chargée d’accompagner, de coordonner et de contrôler les établissements catholiques du diocèse. À ce titre, elle constituait un interlocuteur naturel pour les familles, les personnels et les responsables d’établissement confrontés à des situations préoccupantes. Les éléments recueillis par la Commission montrent toutefois qu’elle n’a pas pleinement joué ce rôle face aux alertes qui lui ont été adressées. Les signalements dont elle a été destinataire n’ont pas conduit à des investigations suffisamment approfondies ni à une remise en cause du fonctionnement de l’établissement à la hauteur de la gravité des faits dénoncés.
Le rectorat et la préfecture ont refusé d’ouvrir leurs archives ?
En revanche le rapport reste étrangement coi sur les noms des responsables de l’étouffement de la première affaire Betharram (de Behr puis Silviet Carricart) dans les années 1990.
Tout juste signale-t-il l’obstruction de plusieurs institutions quant à l’ouverture de leurs archives – confirmant que l’omerta et les abus de Betharram ont une responsabilité partagée entre les institutions ecclésiastiques et l’État.
Si la cour d’appel a donné les autorisations nécessaires, mais les dossiers n’ont pas pu être trouvés, le rapport indique noir sur blanc que deux institutions se sont dérobées :
« 2. fonds archivistiques du rectorat Malgré de nombreuses relances, les fonds n’ont jamais pu être consultés.
3. Certains dossiers des archives préfectorales Malgré de nombreuses relances, l’ensemble des documents demandés n’a jamais été communiqué« .
La dilution des responsabilités au sein de l’enseignement catholique, porte ouverte aux abus ?
Le rapport met en cause aussi la dilution des responsabilités au sein de l’enseignement catholique, qui continue à ce jour – en novembre dernier c’est ce que les victimes et représentants des collectifs ont fait remarquer au nouveau secrétaire général de l’enseignement catholique, Guillaume Prevost, lors d’une réunion de préparation pour la mise en place d’un groupe témoin de victimes, afin de renouveler les processus internes de l’enseignement catholique et améliorer la formation des personnels.
« L’affaire Bétharram met ainsi en lumière une difficulté plus générale de l’enseignement catholique : la coexistence d’une pluralité de structures – Congrégation, établissement, OGEC, APEL, direction diocésaine, diocèse, secrétariat général de l’enseignement catholique – dont les compétences sont complémentaires mais parfois insuffisamment articulées lorsqu’il s’agit de traiter des violences commises sur des mineurs.
Dans ses recommandations l’IFJD demande d’ailleurs de ne pas empiler les structures, mais de les faire travailler ensemble de façon plus fluide : « le processus Bétharram mobilise de nombreux acteurs : victimes, associations, collectifs, commissions, dispositifs de réparation, Congrégation, institutions catholiques, autorités publiques, justice, chercheurs et professionnels de l’accompagnement. Cette pluralité est nécessaire, mais elle peut devenir un risque si elle produit de la dispersion, de l’illisibilité ou – pire – de la concurrence.
Les structures doivent donc travailler ensemble de façon complémentaire, coordonnée et lisible. L’enjeu n’est pas de juxtaposer les dispositifs, ni de créer de nouveaux mécanismes qui viendraient concurrencer ou dupliquer ceux qui existent déjà.
Les personnes concernées ne doivent pas être renvoyées d’un interlocuteur à l’autre, contraintes de répéter leur récit, exposées à des informations contradictoires ou obligées de comprendre seules la complexité institutionnelle des dispositifs existants. La multiplicité des structures ne doit pas devenir une charge supplémentaire pour les victimes. Elle doit, au contraire, constituer une ressource, à condition d’être organisée, coordonnée et rendue intelligible.
Cette complexité a pu contribuer à diluer les obligations de chacun. L’existence de plusieurs acteurs aurait dû constituer une garantie supplémentaire. Elle a trop souvent fonctionné comme un système où chacun pouvait considérer que la responsabilité principale appartient à un autre »

En notre époque de décadence avancée de l’Église en France, est-ce habile de rejoindre ceux qui veulent évincer l’évêque de Bayonne — l’un des très rares encore catholique — avec des arguments fort discutables, mais qui portent de l’eau au moulin des ennemis de l’Église? Pour ma part, je n’apprécie pas qu’on se tire une balle dans le pied. Saint Bernard disait de se poser trois questions avant d’agir: « est-ce permis, est-ce convenable, est-ce avantageux: an liceat, an deceat, an expediat? ».
Objectivement, que voulez-vous que fasse en pratique un évêque dans les établissements qui dépendent d’une Congrégation? L’évêque n’a guère de pouvoir sur eux et il n’a pas de gendarmes à envoyer pour interroger et inspecter! A part dénoncer à Rome, ce qui ne sert plus à rien, comme chacun le sait. La Congrégation est responsable chez elle; aucun évêque n’osera tenter quoi que ce soit (déjà, ils ne font rien quant on leur dénonce des hérésies dans ces « établissements »). Et s’ils tentent quelque chose de courageux, ils se feront cogner par Rome ou plutôt le Nonce qui leur rappellera: vous êtes là pour faire l’unité, rien d’autre.
Si vous pensez que l’évêque a eu tort de ne pas faire, écrivez clairement ce qu’il devait faire! Autrement, c’est du bluff.
Deux des problèmes, entre autres, sont que l’enseignement catholique n’est plus catholique en général et depuis longtemps (sauf exceptions notables; l’évêque n’a pas barre sur les nominations des enseignants depuis plusieurs décennies!) ; et que les évêques ou supérieurs religieux ont fait ordonner ou ont ordonné des prêtres qu’ils n’auraient jamais dû ordonner s’ils avaient simplement suivi les règles et la pratique prudentielles de l’Église: mais, là, silence, ceux qui ont œuvré pour faire ordonner des malades parfaitement connus et qui n’avaient guère la foi, sont toujours impunis: ils sont bien connus mais sont toujours promus. C’est la prime à la trahison (et plusieurs, pour ne pas dire beaucoup, sont évêques).
Tant que Rome ne reprendra pas les choses en main, les évêques continueront à faite ce que nous voyons et déplorons. Il y a longtemps que sainte Catherine de Sienne avait donné la solution (et saint Paul VI la proclamée Docteur de l’Église en pleine connaissance de la situation actuelle).
Nous ne faisons que citer le rapport – en précisant (ce que d’autres ne feront pas) que d’autres institutions se sont carrément dérobées à la possibilité historique d’assurer la transparence…