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Fausse confession de De Ligonnès : M6 met les pieds dans le prank

Par Nominoe — 3 juin 2026

Une séquence télévisuelle a mis le feu au diocèse de Carcassonne Narbonne (Aude) ce 3 juin : la veille, dans l’émission Appel à témoins de Julien Courbet sur M6, un homme qui se présente comme le père Marc, à Plavilla dans l’Aude, affirme avoir confessé Xavier de Ligonnès il y a quatre ans. Celui qui a tué sa femme et ses enfants en 2011, il y a quinze ans, avant de prendre la fuite n’a jamais été retrouvé et suscite toujours l’intérêt des médias – Ouest France vient de révéler qu’un compte sur un forum catholique du même style que ceux qu’il tenait avant la tuerie de Nantes, était actif jusqu’en 2017.

Révéler une confession : impossible du point de vue canonique (mais M6 n’a rien remarqué)

Celui qui se fait appeler Père Marc témoigne : « Il explique avoir entendu « un homme très mal dans sa peau ». Il explique : « Il était vraiment désemparé. Je pense que là, on était dans un problème, comme j’ai pu l’expliquer, je pense, de psychiatrie à ce niveau-là. Il était vraiment dans un état dépressif ». Xavier Dupont de Ligonnès, si c’était bien lui, était vêtu d’une « tenue simple, un jean, une petite chemise à carreaux ».

Et il affirme ensuite  » en avoir discuté avec l’évêque de Carcassonne, qui l’aurait autorisé à témoigner publiquement sur le lourd secret en sa possession depuis quatre ans« . Ce qui est canoniquement impossible – un évêque qui ferait ça serait excommunié d’office pour avoir rompu le secret inviolable de la confession. Ce simple fait suffisait à invalider complètement le témoignage et émettre un doute sur sa qualité de prêtre…

Le fait que M6 n’ait rien remarqué – ni dans l’équipe de Courbet – témoigne de la profonde déchristianisation de notre société, où plus personne (ou presque) ne pratique et donc ne connaît les sacrements et les règles de l’Eglise.

Le secret de la confession est absolu – aucun prêtre n’a le droit de révéler ce qui lui a été confessé, même des années après, et aucun prélat, ni évêque, ni Pape, n’a le pouvoir de relever un prêtre du secret de la confession, indissociable du sacrement.

Une simple vérification dans le code de droit canonique – le droit interne de l’Eglise, à condition que l’équipe de Julien Courbet sache son existence, aurait permis d’éviter à ce témoigne pour le moins fantasque d’être rendu public : « Can. 983 – § 1. Le secret sacramentel est inviolable; c’est pourquoi il est absolument interdit au confesseur de trahir en quoi que ce soit un pénitent, par des paroles ou d’une autre manière, et pour quelque cause que ce soit.  2. À l’obligation de garder le secret sont également tenus  l’interprète, s’il y en a un, et aussi tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont eu, par la confession, connaissance des péchés« .

Mais visiblement, M6 a préféré faire de l’audimat – et rebondir sur l’actualité liée au secret de la confession, un temps mis en cause dans la première mouture de la loi post Bétharram, même si l’article – probablement difficilement applicable et qui aurait été in fine censuré par le Conseil constitutionnel – a été retiré dans la soirée du 1er juin pour permettre un « vote de raison » unanime des députés présents, y compris de la droite et du RN avant la fin de la niche parlementaire à minuit.

Mgr Valentin, l’évêque, dément et saisit l’ARCOM

Tôt ce matin Mgr Valentin a démenti les propos tenus dans l’émission, affirmant ne pas avoir été contacté par l’émission, ne pas connaître de père Marc, et qu’il allait saisir l’ARCOM.

Il a communiqué de nouveau auprès des médias dans l’après-midi, notamment à l’antenne de BFM : « depuis ce matin j’ai appris que cet homme avait révélé à M6 qu’il n’était pas prêtre. Je ressens de la stupéfaction, non pas en tant qu’évêque, mais en tant que citoyen. On sait le poids des fake news, on sait leur prix sur la vie de notre démocratie. Qu’une chaîne sérieuse comme M6 puisse se prêter à une séquence pareille, sans me contacter, sans vérifier d’aucune sorte, me laisse stupéfait. J’ai saisi l’ARCOM », a t-il déclaré, affirmant ensuite que « depuis que je suis évêque dans l’Aude, jamais personne ne m’a parlé de De Ligonnès et d’un éventuel passage dans l’Aude ».

On peut cependant se demander pourquoi il n’a pas profité de l’occasion pour rappeler aux médias l’absolu du secret de la confession; l’évêque l’a cependant fait dans les colonnes d’Aleteia : « lever le secret de la confession est impossible. Même le Pape ne le peut pas », explique l’évêque. « Ce qui est dit en confession, c’est Dieu qui le reçoit, par l’intermédiaire du prêtre. Cela fait partie intrinsèquement du sacrement.

M6 a finalement reconnu, devant le tollé médiatique, s’être faite rouler – le témoin à l’antenne a lui, reconnu avoir menti sur son identité – il aurait même affirmé avoir été XDDL en personne, d’après le Figaro.

Plavilla, une communauté nouvelle problématique dans le collimateur de la justice de l’Eglise

Néanmoins le faux prêtre doit bien connaître l’Aude, puisqu’il s’est présenté comme le père Marc, de Plavilla. Il s’agit du siège de la communauté de l’Agneau (170 soeurs et 40 frères), une communauté nouvelle principalement féminine qui allie les spiritualités dominicaine et charismatique. Bien qu’elle bénéficie de la protection du cardinal Schonborn , ex archevêque de Vienne, qui depuis sa retraite canonique habite dans la maison des Soeurs de l’Agneau de la capitale autrichienne, un procès pour abus d’autorité a été instruit par le Tribunal Pénal Canonique National contre la fondatrice.

Le dossier des petites soeurs de l’Agneau est lourd d’après d’ex-membres et proches : mauvais traitement, frères et soeurs amaigris abandonnés à l’article de la mort chez des proches, absence de liberté de soin – comme dans d’autres communautés nouvelles, dérives spirituelles… et même profanation de tombes. Plusieurs diocèses ont préféré mettre fin aux implantations des petites soeurs de l’Agneau chez eux… ce qui n’empêche pas les diocèses de Lille, Lyon et Arras de faire de la publicité pour des implantations de la communauté chez eux.

Le diocèse de Carcassonne soudain obligé de s’intéresser à la communauté de l’Agneau

Si un de nos lecteurs, connaisseur du dossier, s’étonne « que quelqu’un qui a enterré sa famille sous sa terrasse aille séjourner là où des morts ont été déterrés« , c’est surtout « la rapidité avec laquelle le diocèse de Carcassonne a pu affirmer qu’il n’y a pas de père Marc à Plavilla qui est surprenante. Habituellement, quand une question est posée sur cette communauté au diocèse de Carcassonne, il renvoie à Vienne » où Mgr Joseph Grünwidl a hérité du dossier depuis octobre 2025.

Néanmoins au sein de la communauté de Plavilla, les propos se contredisent, traduisant un défaut de suivi des prêtres de la communauté – ils doivent pourtant avoir des celebret à jour ? Dans la Dépêche, un prêtre de Plavilla affirme que « le dernier prêtre dénommé Marc a quitté le monastère en 2009, soit treize ans avant la date de la supposée confession », tandis que dans Aleteia la communauté elle-même déclare  » Il n’y a jamais eu de père Marc chez nous, que ce soit en 2022 ou à un autre moment« .

Si cette triste affaire a le mérite de rappeler l’inviolabilité du secret de la confession et la nécessité pour les médias de vérifier les témoignages qui leur parviennent, elle est aussi un salutaire rappel aux diocèses de leur responsabilité et leur devoir de s’intéresser aux communautés nouvelles ou borderline implantées sur leur territoire – même si elles peuvent avoir une reconnaissance canonique à l’autre bout de l’Europe ou du monde… avant de devoir le faire contraints et forcés, la soutane hâtivement passée, devant une forêt de caméras et de micros.

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