Chez les Lassaliens, de nouvelles victimes d’abus se font connaître toutes les semaines – elles sont plus de 300 connues de l’association Mémoire Vérité Reconnaissance (MVR) à ce jour, sur plus de cinquante établissements. L’association a écrit au frère visiteur Jean-René Gentric, ancien enseignant puis directeur au Likès de Quimper où des abus ont eu lieu, et qui prend sa retraite, pour lui rappeler les conséquences morales de ses choix. Le nouveau frère visiteur – responsable des Lassaliens en France – à partir du 1er août est l’alsacien Claude Reinhardt, passé lui aussi par le Likes, mais aussi l’établissement des Lassaliens à Reims – où des abus ont encore eu lieu assez récemment.
LETTRE OUVERTE AU FRERE JEAN-RENE GENTRIC
Visiteur du District de France et d’Europe francophone des Frères des Écoles chrétiennes
1er août 2018 – 31 juillet 2026
Paris, le 25 juillet 2026
Monsieur,
Vous quittez bientôt la charge de Frère Visiteur. Vous serez remercié par les vôtres. Nous y ajoutons un bilan. Nous le dressons publiquement parce que vous avez toujours refusé d’échanger avec nous.
Ce que vous laissez
Le réseau que vous transmettez à votre successeur se porte bien, comme le montrent vos propres publications : cent cinquante établissements, cent cinquante mille élèves, dix-sept mille personnels d’éducation. Sept services nationaux au siège, parmi lesquels un important service financier avec des spécialistes en investissements et un service immobilier conséquent, qui gère bien plus des bâtiments scolaires.
Une Fondation de La Salle, dont vous êtes co-président, riche de la gestion des œuvres et des maisons de la congrégation. Nous ne vous reprochons pas cette prospérité remarquable. Nous constatons qu’elle a été administrée avec soin.
Une marque, La Salle, apposée sur cent cinquante établissements portée par une myriade de structures : associations de gestion, OGEC, sociétés immobilières, tutelles, fondation. La marque est commune, l’image est commune, la doctrine éducative est commune. La responsabilité, elle, se dilue.
Ce que vous n’avez pas compté
Depuis sa création discrète il y a douze ans, la cellule d’écoute de la congrégation a traité, selon les chiffres que vous avez vous-mêmes communiqués, 78 dossiers (soit 6 par an) et effectué seulement 4 signalements au Procureur de la République.
En moins de six mois, notre association Mémoire Vérité Reconnaissance pour les Victimes des Lasalliens, avec une poignée de bénévoles sans moyens, a recensé 300 victimes de violences sexuelles et physiques dans une cinquantaine d’établissements de La Salle sur plusieurs décennies – et le flot de témoignages ne se tarit pas.
Nous avons effectué immédiatement plusieurs signalements concernant des prédateurs potentiellement encore au contact d’enfants. Et surtout, des dizaines de victimes nous ont expliqué avoir été fermement, voire brutalement, éconduites par cette cellule indigne, alors que d’autres, choisis sur des critères obscurs, se sont vu offrir une indemnisation au rabais en échange d’une clause de silence. Voilà le vrai bilan.
La congrégation excelle dans la gestion d’équipes qu’elle sait parfaitement recruter, financer et outiller : vos performances financières et immobilières le prouvent. Vos établissements prestigieux et rentables le montrent aussi. Vous savez faire. Le mépris des victimes historiques n’est donc pas un problème de moyens, mais bien un choix moral et spirituel que vous avez personnellement endossé à la tête de la congrégation, et que vous avez d’ailleurs communiqué vous-même aux victimes.
Ce que vous savez aujourd’hui
Nous constatons des faits publics, jamais démentis :
- Vous avez été élève au Likès, à Quimper, et vous y êtes revenu comme membre de la communauté éducative, puis y avez exercé des responsabilités de direction pendant de longues années ;
- Pendant ces années, un surveillant d’internat et enseignant de l’établissement a agressé et violé de nombreux élèves, crimes documentés par de nombreux témoignages ; bien qu’il soit un pédocriminel notoire, il est mort en 2020 sans avoir jamais été inquiété.
- Nous ne savons absolument pas ce que vous saviez de cet homme à l’époque. Mais ce qui est certain, c’est que vous savez aujourd’hui. Et comme vous étiez dans cet établissement où ces enfants ont vécu l’enfer et porté ce fardeau toute leur vie, on aurait pu espérer que vous seriez aujourd’hui, de tous les responsables encore vivants de cette période, celui qui aurait eu à cœur de réparer les souffrances endurées au Likès et dans les cinquante autres établissements lasalliens à travers la France.
Vous partez sans l’avoir fait.
Le cadeau de départ
Il est d’usage d’offrir un livre à un homme qui prend sa retraite. Nous avons longtemps cherché lequel.
Nous avons fini par comprendre que vous le possédiez déjà, dans la bibliothèque de chacun de vos établissements et jusque dans votre bureau du siège.
« Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits ; car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux. »
Matthieu 18, 10
Nous vous souhaitons une retraite paisible, sous le regard des centaines d’enfants devenus des adultes dont vous avez refusé d’accueillir et de réparer la souffrance. N’oubliez pas que votre responsabilité, elle, ne sera jamais à la retraite. A chacun sa moralité.
Cette lettre étant publique, vous disposez d’un droit de réponse. Nous nous engageons à le publier intégralement, sans commentaire, sur tous nos supports. Nous continuerons sans vous, comme nous avons commencé sans vous.
Philippe Chemineau
Président de l’association Mémoire Vérité Reconnaissance (MVR) pour les victimes des lasalliens
(victimes.lasalliens@gmail.com — asso-mvr.fr)

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