Lu dans la lettre des Veilleurs de Paris :
D’une part, Rome gère le problème de la FSSPX sur le seul mode de la sanction, au lieu d’instaurer un dialogue paternel et direct avec elle ; d’autre part, elle semble vouloir réduire la célébration officielle de cette liturgie (par les prêtres des communautés ex-Ecclesia Dei et des prêtres diocésains) essentiellement en les contraignant au bi-ritualisme.
Mais les évêques français, sur le terrain, savent que ce n’est pas si simple et que la liturgie traditionnelle est là, au milieu du paysage, et elle est par nature une sorte de sanctuaire avec lequel il faut composer.
La revue Golias, dans son numéro du 20 mai 2026, avait justement consacré un article à la gestion de cette liturgie par les évêques de France (« Retour critique sur l’entretien accordé par le responsable des questions liturgiques à la Conférence épiscopale à La Nef »). En effet, interrogé par La Nef, dans son numéro de mai 2026, Mgr Olivier de Cagny, évêque d’Évreux, en charge des questions liturgiques à la Conférence des Évêques de France, traitait de cette « question sensible ».
Il en traitait, selon Golias, « dans une rhétorique épiscopale typique de régulation des tensions liturgiques : ton mesuré, refus des oppositions frontales, valorisation des « fruits spirituels » des sensibilités traditionnelles et insistance sur la communion ecclésiale. » Or, « les traits constitutifs du Vetus Ordo – affirmation explicite du caractère sacrificiel de l’Eucharistie comme offrande réelle à Dieu ; primauté de l’orientation ad Deum, manifestant que la liturgie est d’abord ordonnée à Dieu avant d’être expression de l’assemblée ; structuration hiérarchique et stable du rite, où le rôle propre du prêtre apparaît de manière nettement différenciée ; forte densité symbolique fondée sur des gestes, des paroles et des formes hérités de la tradition et relativement soustraits à l’arbitraire de l’innovation », sont très différents des traits constitutifs de la réforme. Celle-ci « privilégie davantage l’intelligibilité immédiate, la participation visible de l’assemblée, l’usage extensif de la langue vernaculaire, une plus grande plasticité rituelle et une accentuation de la dimension communautaire de la célébration », et implique « un déplacement d’accent théologique. »
Autrement dit, la différence entre Vetus Ordo et Novus Ordo est ecclésiologique : elle ne peut pas « être réduite à une variation légitime d’expression au sein d’une même foi eucharistique », mais elle engage « deux conceptions distinctes – sinon concurrentes – de la liturgie elle-même. » Pour apaiser les tensions on tend « à neutraliser leur portée doctrinale en les requalifiant en questions de style ou de sensibilité, au profit d’une logique de gestion de la coexistence ecclésiale et de pacification des tensions », ce qui « produit une stabilité institutionnelle apparente, mais au prix d’un affaiblissement de la clarté doctrinale des formes liturgiques. »
À défaut d’unité, on a une certaine cohésion, « obtenue non par clarification du sens du rite, mais par suspension de sa qualification doctrinale explicite. » Autrement dit, on met sous le tapis le débat doctrinal de fond. Car il est évident que deux lois de la prière si différentes reposent sur deux lois de la foi. « Or, lorsqu’elle devient structurelle, une telle suspension tend à inverser le rapport classique entre lex orandi (la loi de la prière) et lex credendi (la loi de la foi) : la liturgie n’exprime plus clairement la foi commune, mais devient un espace où coexistent des compréhensions implicites non formulées. »
On ne saurait que souscrire. Je ferais cependant deux remarques :
– Ce ne sont pas seulement les évêques français qui refusent la clarification doctrinale, c’est toute l’Église, depuis Vatican II, qui a inventé un « enseignement pastoral », lequel peut introduire des variations par rapport au magistère antérieur en toute tranquillité parce qu’il est détaché de l’infaillibilité.
– Dans l’état actuel des forces, nul ne peut l’emporter : les traditionnels s’appuyant sur le sens de la foi s’accroissent, mais restent minoritaires ; les modernes qui détiennent toutes les commandes hiérarchiques ne parviennent pas à obtenir un semblant d’unité. Il faut donc bien accepter une certaine convivence, qui permet d’ailleurs à la liturgie traditionnelle de se développer. La convivence maximale organisée par Summorum Pontificum était évidemment supérieure à la convivence de tolérance de Traditionis custodes.
Mais c’est encore trop. Golias et une part influente de la Curie romaine militent contre cette tolérance en faveur de la liturgie traditionnelle. En lisant l’article, mesuré dans la forme mais radical dans le fond de Golias, on croirait lire l’analyse d’un responsable du Dicastère pour le Culte divin. « C’est ici que se manifeste une tension plus profonde avec la nature même de l’Église. Celle-ci ne se comprend pas d’abord comme une organisation d’équilibres à gérer entre sensibilités, mais comme un corps sacramentel, c’est-à-dire une réalité visible et spirituelle structurée par ses formes liturgiques, qui expriment et transmettent la foi. La liturgie n’est donc pas un simple espace d’adaptation institutionnelle : elle est un lieu constitutif de la vérité de l’Église ». En clair : il faut choisir entre l’ecclésiologie de Vatican II et l’ecclésiologie traditionnelle.
Si tel était le cas, notre choix serait fait. Et, de manière concrète, par provision comme on dit en procédure avant un jugement sur le fond, nous voulons bénéficier de la liberté de pratiquer la liturgie tridentine. Ce que nous demandons à l’archevêque de Paris, en récitant le chapelet, 10 rue du Cloître-Notre-Dame, du lundi au vendredi, de 13h à 13h 30, à Saint-Georges de La Villette, 114 avenue Simon Bolivar, dans le XIXe, le mercredi et le vendredi à 17h, devant Notre-Dame du Travail, dans le XIVe, le dimanche à 18h 15.

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